La recherche de provenance est devenue essentielle pour les musées, désormais obligés de vérifier l’origine des œuvres, qu’elles aient été spoliées, volées ou acquises en contexte colonial. Si quelques musées nationaux, dont Orsay, ont dans leur équipe un chercheur de provenance à temps plein, tous ne peuvent pas se permettre un tel luxe.
Publié le 04/05/2026 à 07:38 | Mis à jour le 04/05/2026 à 07:45
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Au musée, la recherche sur la provenance des œuvres occupe aujourd’hui une place centrale : savoir si elles ont été spoliées, pillées ou volées. C’est même obligatoire depuis le 1er janvier 2026, avec une fiche provenance pour toutes les nouvelles acquisitions ou les donations. Certains musées vont encore plus loin, ils font des recherches sur les œuvres déjà présentes dans leur collection.
Direction d’abord le musée d’Orsay, à Paris. Nous voici, en ce printemps 2026, dans une salle située au fond d’une des galeries de la nef. Elle est consacrée aux MNR (Musées nationaux récupération), des œuvres ramenées d’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale et possiblement spoliées par les nazis. Le musée d’Orsay, qui en conserve au total 225, lance de nouvelles recherches pour identifier leurs propriétaires.
« On a douze peintures et une sculpture », lance François Blanchetière, conservateur en chef au musée d’Orsay. « On a fait une sélection qui vise à montrer la diversité des MNR. On a quelques noms très connus, comme un très beau tableau de Renoir, un beau tableau de Degas, et d’autres d’artistes moins connus. On a décidé de donner accès au revers de certaines de ces œuvres. Ici, par exemple, on a deux tableaux présentés devant un miroir. Ce petit tableau de Georges de Lafage-Laujol, un peintre peu connu, est un joli paysage. Si on se penche un peu, on peut voir une étiquette posée au revers de ce tableau lorsqu’il a été récupéré en Allemagne. »
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Dans cette salle, un tableau d’Eugène Boudin, un paysage normand, interpelle particulièrement Inès Rotermund-Reynard, chargée depuis 2023 des recherches de provenance au musée d’Orsay. « Nous ne savons pas du tout à qui appartenait ce tableau avant la guerre, nous savons en revanche que le tableau a été vendu par un certain Martin Fabiani, qui était un marchand extrêmement impliqué dans le trafic d’art pendant la période critique. »
« Martin Fabiani est connu pour avoir vendu beaucoup d’œuvres, dont des œuvres spoliées à des familles juives, à l’occupant. C’est un signe d’alarme, donc on espère pouvoir trouver à qui appartenait ce tableau avant la guerre. »
Le tableau de Gustave Courbet Les falaises d’Étretat, le plus célèbre MNR du musée, va lui aussi faire l’objet d’une recherche. Pour toutes ces œuvres, les archives françaises et allemandes vont être croisées dans l’espoir de nouvelles découvertes.
La recherche de provenance ne concerne pas que les œuvres spoliées entre 1933 et 1945. Elle porte aussi sur les objets acquis dans un contexte colonial. Nous partons à présent au musée d’Angoulême, qui possède 7 000 objets extra-occidentaux. C’est l’une des plus grosses collections publiques en France grâce à la donation faite dans les années 30 par le docteur Lhomme, un médecin charentais. « Cette collection est très importante, ce sont plus de 3 200 œuvres », explique Émilie Salaberry, la directrice du musée d’Angoulême. « Elle est l’œuvre d’un homme qui n’a jamais voyagé, ce qui m’a toujours interpellée. Comment peut-on rassembler autant d’objets sans quitter la France à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ? C’est la pleine période de l’apogée de l’empire colonial. »
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« Dans cette vitrine, on a une des pièces de la collection du docteur Lhomme, » poursuit la directrice. « C’est un collier d’amulettes caractéristique de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb et sur lequel on a de forts doutes sur la légitimité d’acquisition. Ce collier aurait été extrait d’une tombe dans le cimetière de Sétif, en Algérie, par un lieutenant qui en fait don au docteur Lhomme. Ceci est tracé dans un courrier qu’on a découvert il y a peu de temps. »
Des recherches sont aussi en cours sur des pièces acquises plus récemment, dans les années 1980, auprès des missions protestantes de Paris. La loi sur les œuvres pillées pendant la colonisation en cours d’examen au Parlement pourrait accélérer les demandes de restitution et donc la recherche de provenance sur ces biens extra-européens. Les musées disposent de très peu de moyens pour effectuer ce travail, c’est particulièrement vrai pour les musées territoriaux comme celui d’Angoulême.
« Nous ne pouvons pas dégager des postes à temps complet ou même à temps partiel sur ces sujets-là,
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