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Intelligence Artificielle et Création Humaine

L’adoption croissante et intensive de l’intelligence artificielle suscite une tendance à la préservation d’activités, notamment artistiques ou intellectuelles, réalisées sans recours à l’IA. Cela apparaît comme un moyen d’entretenir des capacités et des qualités très humaines.

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Il ne faut pas laisser l'intelligence artificielle prendre la place des créateurs, comme les écrivains.
Il ne faut pas laisser l’intelligence artificielle prendre la place des créateurs, comme les écrivains.
(MOOR STUDIO / DIGITAL VISION VECTORS / GETTY IMAGES)

Si l’intelligence artificielle s’immisce peu à peu au cœur de nos vies personnelles et professionnelles, une tendance à tenir l’IA à distance de certaines activités semble émerger. La commodité d’accès aux outils d’intelligence artificielle et leur capacité à répondre, sans se plaindre ni effort apparent, aux multiples questions et tâches que nous leur soumettons, plaident pour une généralisation sans retenue de l’utilisation des IA dites génératives, celles qui composent automatiquement des textes, des images, des vidéos ou des mélodies. Cependant, des mises à l’écart semblent s’organiser.

Ainsi, dans un communiqué publié début mai 2026, l’Académie des arts et des sciences du cinéma – qui remet chaque année les Oscars à Hollywood – a officiellement établi que « dans les catégories réservées aux acteurs, seuls les rôles crédités au générique officiel du film et dont il peut être démontré qu’ils ont été joués par des êtres humains avec leur consentement seront considérés comme éligibles ». Ces nouvelles règles concernent aussi les scénarios.

Dans le même esprit, une mention se systématise en ouverture de nombreux ouvrages : « Ce livre ne peut être reproduit ni utilisé à des fins d’entraînement de systèmes d’intelligence artificielle ». C’est, sans surprise, le cas dans l’essai intitulé Arrêtez de dire bonjour à votre IA – Les algorithmes ne sont pas des amis, un livre signé aux Éditions F1rst par l’ancien dirigeant d’entreprise de la tech, Yves Maître. Il y plaide pour une indispensable préservation de ce qui fait notre humanité dans les rapports sociaux et dans les activités de création au sens large.

Ces prises de position révèlent une véritable inquiétude – qui d’ailleurs n’émane pas de personnes particulièrement technophobes – de voir nos capacités cognitives altérées ou diminuées par un recours généralisé aux IA génératives.

Dans son livre Sanctuaires, paru ces jours-ci aux Éditions de l’Observatoire, l’avocat pénaliste Abel Quentin insiste sur la nécessité d’écrire sans assistant. Il résume son propos en indiquant qu’un auteur doit être « un forgeron et non un contremaître pilotant des esclaves ». Pour lui, seul le travail de la matière (les mots, les concepts, le raisonnement, la réflexion, etc.) permet l’élaboration d’une pensée autonome.

Pour reprendre le conseil du poète Horace, en 65 avant J-C : « Il faut de la mesure en toutes choses ». Si la délégation à des algorithmes permet de véritables avancées, la question de l’expertise et de la maîtrise de la connaissance exige de ne pas renoncer à faire fonctionner et progresser nos ressources et capacités intellectuelles. Cette démarche concerne chacun, dans les différentes phases de son existence : que l’on soit élève, étudiant ou professionnel exerçant des tâches rémunérées. Un sujet que nous ne manquerons pas de continuer à illustrer dans cette chronique.



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