Les exportations de ce plat traditionnel japonais ont considérablement augmenté en moins de dix ans. Les réseaux sociaux contribuent à médiatiser cet aliment très nutritif dont le goût ne fait pas l’unanimité.
Article rédigé par franceinfo – Tom Soriano
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Vous n’avez peut-être pas encore goûté le natto, cet incontournable des petits-déjeuners japonais qui commence à trouver sa place à l’étranger. Les exportations de cette légumineuse très nutritive explosent : elles ont triplé depuis 2017, pour atteindre 5.248 tonnes en 2025, selon les dernières statistiques. Et les réseaux sociaux se sont emparés de la tendance.
Sur Instagram, des vidéos de dégustation de natto dépassent plusieurs millions de vues. L’une d’entre elles atteint même la barre des 16 millions. Dans ces contenus, des influenceurs jettent des regards étonnés en malaxant, à l’aide de baguettes, l’aliment à base de soja fermenté. « C’est super gluant », commente l’un d’entre eux en constatant que la mixture s’étire en de longs filaments. L’odeur âcre et le goût aigre de levure peuvent en dérouter certains.
« J’ai trouvé ça un peu étrange au début », confie à l’AFP Wesley Smith, un client d’un restaurant de natto à volonté. Mais d’après cet habitant de l’Arizona de 47 ans, ces légumineuses jaunâtres « deviennent un mets apprécié, comme peut l’être un fromage fort » lorsqu’on habitue son palais. « Vous savez, le fromage peut sentir comme des chaussettes sales », ajoute-t-il. L’Américain doute toutefois du succès à grande échelle de l’aliment, craignant que sa texture ne convainque pas ses compatriotes.
L’augmentation de la consommation de natto est pourtant particulièrement marquée en Chine et aux États-Unis. À Los Angeles, Kenji Suzuki, le propriétaire du restaurant Suehiro, constate que le plat attire désormais des clients non japonais. « Quand les réseaux sociaux ont commencé à parler du natto et de son statut de ‘super aliment’, de plus en plus de gens ont voulu goûter pour savoir si c’était vraiment aussi mauvais que ce qu’on raconte », détaille-t-il à l’AFP. « Certaines personnes n’aiment pas, mais d’autres adorent. »
Au-delà des bienfaits nutritifs du plat, faible en calories et riche en protéines, le natto séduit également pour son prix. Au Japon, un lot de trois barquettes de 40 à 50 grammes chacune se vend aux alentours de 0,50 euros. Une somme qui peut être multipliée par six dans des restaurants parisiens. Mais même dans son pays d’origine, le natto a aussi été touché par « une vague de hausse des prix », explique à l’AFP Yoshihiro Noro, ex-président de la Fédération japonaise des coopératives de natto. Il ajoute que la pénurie de naphte engendrée par la guerre au Moyen-Orient en est à l’origine. Ce sous-produit du pétrole est utilisé dans la confection des barquettes dans lesquelles les légumineuses sont empaquetées après leurs 18 heures de fermentation.
Dans le restaurant japonais spécialisé à Tokyo, Daisuke Tsujimoto, un trentenaire d’Osaka, espère malgré tout que le natto poursuivra son ascension. « C’est vraiment une culture alimentaire dont le Japon peut être fier. J’espère sincèrement que les gens du monde entier continueront à en manger », soutient-il à l’AFP.