Mata de Rachel Lang : Eye Haïdara incarne une héroïne entre impuissance et détermination au






Article sur le film « Mata »

Entre une opération qui tourne mal au Niger et un retour en France où toutes ses questions restent sans réponse, Eye Haïdara incarne une ex-agente du Renseignement français rongée par tout ce que l’on ne veut plus lui dire.

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La comédienne Eye Haïdara dans 'Mata' de Rachel Lang. (WARNER BROS FRANCE)
La comédienne Eye Haïdara dans « Mata » de Rachel Lang. (WARNER BROS FRANCE)

Eye Haïdara était la maîtresse de cérémonies de la dernière édition du Festival de Cannes retransmise sur les antennes de France Télévisions. La voici à nouveau sur grand écran cette fois-ci, dans Mata de Rachel Lang qui sort le 27 mai.
Après Mon légionnaire (2021), où la réalisatrice explorait la vie amoureuse compliquée de ceux qui s’engagent pour la France, la cinéaste continue de scruter la vie en dehors des terrains d’opération à travers le retour d’une espionne, Mata (Eye Haïdara), après une mission au Niger où son partenaire, Antoine (Raphaël Personnaz), est capturé.

Les deux espions français étaient sous couverture lorsque leur véhicule a été attaqué dans le désert nigérien. Blessée, Mata revient à Paris où elle est obligée de quitter les effectifs de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pour ceux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), où on lui confie la formation d’une jeune policière, Héloïse (Joséphine Japy). Histoire de lui faire ronger son frein, car sa seule préoccupation, c’est le sort d’Antoine.

« Vous n’êtes qu’un petit maillon sans vision globale. Votre métier, c’est aussi de l’accepter », lui lance son patron à la DGSE. Le film de Rachel Lang tient presque dans ses deux phrases. Mata va en faire l’âpre expérience pendant toute la durée de ce thriller qui met aussi bien les nerfs de l’héroïne que ceux de l’audience à rude épreuve. On partage ses espoirs, sa détermination et les risques pris pour tenter de ramener Antoine à sa petite fille.

Après À toute allure, où elle était officier dans un sous-marin français, Eye Haïdara retrouve un univers où il est de nouveau question de beaucoup de secrets pour préserver la sécurité et les intérêts de la France. Mais ici, son personnage est évidemment moins solaire que dans la comédie romantique et l’actrice transmet parfaitement son spleen aux spectateurs dans cette nouvelle partition.

Mata se déroule dans une atmosphère sombre et bleutée, comme pour refléter les zones d’ombres qui se multiplient dans ce récit où la principale protagoniste se démène pour avoir des informations sur le sort de son partenaire, qui ne quitte littéralement pas ses pensées. Lang a imaginé dans son dispositif narratif, comme un espace de liberté où Mata est en dialogue avec l’être absent.

Car il s’agit d’être libre de chercher des réponses quand on vous donne des ordres contraires, du moins qui n’apaisent pas les interrogations qui vous hantent. Rachel Lang met en scène les stratégies de contournement de l’ancienne espionne comme un jeu de pistes, en écho à l’enquête que mène Mata en se servant de la policière dont on lui a confié la formation. On s’étonne d’ailleurs de l’étendue de sa marge de manœuvre dans certaines situations. Heureusement, le scénario parvient à donner, en temps opportun, les bonnes réponses.

Encore une fois, Rachel Lang s’est intéressée à ceux qui restent, souvent dans un océan de points d’interrogations, pendant que leurs proches vont servir la France. Contrairement à Mon légionnaire, le propos se resserre sur ceux qui ont été de la partie et qui, pour une raison ou un autre, n’en sont plus.

Mata est un fabuleux traité sur l’illusion de contrôler des événements sur lesquels l’on a aucune prise, sur l’impuissance avec un grand « I ». C’est un sentiment persistant, qui laisse un goût amer, longtemps après avoir vu le dernier film de Rachel Lang.

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